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Pourquoi créer nous fait du bien

  • Photo du rédacteur: Emmanuelle Jay
    Emmanuelle Jay
  • 23 janv.
  • 3 min de lecture

Une table ronde sur la santé mentale et la création


Emmanuelle Jay table ronde


Lundi dernier je participais au Blue Monday avec Dailymotion. Une table ronde sur la créativité.


Pourquoi créer peut faire du bien ?


Créer, ce n’est pas seulement produire quelque chose de « joli » ou de réussi.


C’est avant tout un processus qui nous fait et nous défait. Alors si la création nous fait autant de bien, ce n’est pas un hasard.






Créer, c’est dire au-delà des mots


La création est un mode d’expression non verbale. Elle permet de dire des choses qu’il est parfois impossible de formuler avec des mots. Une forme, une couleur, un geste, une matière peuvent communiquer des émotions, des tensions ou des désirs que le langage ne parvient à exprimer dans toute sa complexité.


Créer, c’est autoriser ce qui n’a pas encore de phrase à exister quand même.


La création impose un temps


Contrairement à la parole, la création s’inscrit dans la durée. On y pense, on y revient, on doute, on transforme. On se confronte à ce que l’on fait, à ce que l’œuvre nous renvoie.


Ce temps du processus est essentiel : il permet une élaboration progressive, là où la parole peut parfois être immédiate, voire défensive.


Un processus proche du fonctionnement psychique


Le psychanalyste Didier Anzieu décrit le processus créatif en cinq étapes :

  • Ça bouillonne

  • Je me mets à l’écart

  • Une idée apparaît

  • Je lutte pour lui donner forme

  • Je lâche l’œuvre


Ce chemin ressemble beaucoup au travail psychique. Créer, ce n’est pas aller tout droit : c’est accepter les détours, les résistances, les moments de flou.


Et surtout, on ne peut pas être passif quand on crée. Il y a toujours un mouvement, même minime. C’est un point fondamental, notamment dans les états dépressifs : la création peut remettre en route quelque chose là où tout semblait figé.


Créer, c’est aussi élaborer


Créer, c’est transformer. Transformer une émotion brute, une sensation confuse ou encore une expérience.


Ce processus permet de prendre conscience, de mettre du sens, parfois de nommer ce qui était jusque-là informulable. La création devient alors un véritable outil d’élaboration psychique.


Entre soi et l’autre


On ne crée jamais totalement seul. Même lorsqu’on crée pour soi, il y a toujours un autre en filigrane : un regard imaginé, un partage possible.


La création favorise ainsi la liaison entre le monde interne et le monde externe. Elle fait pont. Elle relie.


Jouer, créer, être libre


Créer, c’est aussi jouer. Et jouer, c’est entrer dans un espace de liberté, d’exploration et de partage. Un espace où l’on peut essayer, rater, recommencer.


Dans un cadre d’un atelier créatif, le jeu s’appuie souvent sur une consigne ou une contrainte. Paradoxalement, cette contrainte est libératrice : elle sécurise et stimule à la fois.


Se faire du bien n’est pas se soigner, art-thérapie vs créativité pure


Il est important de distinguer le mieux-être de le soin. Créer peut faire du bien, apaiser, soutenir. Mais l’art-thérapie est une psychothérapie à part entière, qui nécessite un thérapeute formé et un cadre spécifique.


L’art-thérapie s’adresse notamment aux personnes pour qui la parole est inopérante ou insuffisante. Les processus de création y sont utilisés comme métaphores des processus psychiques, accompagnés et pensés dans une relation thérapeutique.


En résumé


Créer nous fait du bien parce que cela nous met en mouvement, nous relie à nous-mêmes et aux autres, et nous permet d’exister autrement que par les mots. Créer, ce n’est pas seulement faire : c’est cheminer.

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