L’écriture thérapeutique pour les adolescent·es

- « Je n’aime pas parler »

L’écriture thérapeutique est un outil intéressant pour les adolescent·es qui n’aiment pas parler ou qui n’ont pas un accès facile aux mots. Plus besoin de « dire » lorsqu’on ne sait pas par où commencer ou lorsqu’on a l’impression « d’avoir tout dit ». La consigne d’écriture, combinée à une proposition d’images ou d’un jeu de dé pour faciliter l’adhésion, va s’apparenter à un jeu « intelligent » ou « imaginatif » et va apporter une touche de défi à relever. Rapidement, l’adolescent·e peut se prendre au jeu.


- « Je n’aime pas le face à face »

L’écriture thérapeutique est un espace médiatisé libre mais bordé. Il s'agit de répondre à une proposition plus ou moins contraignante dans sa forme ou dans sa thématique. Elle sera inventée sur mesure pour le·la patient·e par l’art-thérapeute qui n’a pas pour autant d’attente spécifique quant à la production. C’est dans le plaisir d’écrire à son rythme, en suivant son fil de pensé immédiat et spontané que la proposition prend forme.


- « J’ai la flemme »

L’aspect ludique de la proposition d’écriture stimule la créativité et le jeu sans rappeler le monde de l’enfance (espace privilège du jeu). Il est en cela un outil particulièrement adapté à l’adolescent·e qui n’a plus envie d’être pris pour un petit mais qui peut encore avoir le plaisir du jeu.


- Angoisse de la page blanche

L’adolescent n’est plus devant la page blanche de son intériorité mais devant un espace bordé par la proposition qui l’invite à venir y déposer seulement quelques mots pour commencer. Aucune pression, juste écrire un premier mot. C’est là que, le plus souvent, « la magie de l’écriture » opère. Comme un enfant qui se mettrait à marcher en posant un pied devant l’autre, le « mot après mot » va dessiner une phrase, puis une autre, surprenant souvent l’auteur·trice même du texte. L'écriture enclenche le mouvement.


- « J’ai une phobie scolaire »

C’est ainsi que l’adolescent·e « phobique scolaire » va pouvoir retrouver une confiance dans l’écriture : renouer avec la langue, avec le geste d’écrire, en prenant son temps, en écoutant le silence, en se reliant aux mots et à ses émotions. Les différents supports associés : musique, image, dessin, expérience d’un goût ou d’une odeur, vont faciliter le travail sur les émotions et l’entrée dans le jeu.


- « On me dit que j’ai trop d’imagination »

À celles et ceux qui « débordent » (de mots, de pensées, d’émotions) l’écriture va contenir. Le travail de structuration - passant par des consignes de formes strictes - va permettre une exploration nouvelle. Le récit va pouvoir se déposer. Chez les adolescent·es cette médiation particulièrement contenante apporte un sentiment de sécurité dans le cadre thérapeutique qui devient rapidement un espace de liberté d’expression qui s’appuie sur ce paradoxe de la « contrainte libératrice ».


- « J’ai besoin de temps »

N’accepte-t-on pas plus facilement le silence avec un stylo à la main ? Être en présence, dans le silence, dans l’écoute, dans l’attente, semble plus facile lorsque l’espace est médiatisé. L’écriture se vit à son rythme, elle laisse le temps des pauses ou accompagne celui de l’emballement.


- « J’ai besoin de me défouler »

L’adolescent·e peut écrire frénétiquement, le cadre temporel de la consigne d’écriture sera là pour rappeler la fin du temps dédié à l’écriture. Viendra alors le temps de lecture qui, après le défoulement, permettra de vivre à nouveau le texte dans une autre temporalité.


- Et puis il y a « lire »

La lecture confronte l’adolescent·e à son propre texte dans un premier temps, mais elle crée surtout un espace de partage avec l’art-thérapeute. Durant cette lecture, la confrontation à soi et à l’autre se mélange. Tout un tas d’informations et de stimulis circulent entre le·la patient·e et l’art-thérapeute. L’inconscient s’invite, les émotions remontent, les mots sortent, le récit se partage. La lecture devient alors support d’élaboration. La parole s’appuie sur l’écrit. Chacun·e peut en dire quelque chose : sa surprise, son intérêt, une mise en relation avec un précédent texte, etc.


- Des textes dans une pochette

Les textes écrits en séance ne quittent jamais le cabinet tout le temps que dure la thérapie. Chaque adolescent·e a une prochette à son nom dans laquelle les textes sont rangés séance après séance. Il est parfois temps de relire ou retravailler certains textes écrits. L’art-thérapeute est garant·e de la confidentialité et la mise en sécurité des productions et du travail qui s’effectue jusqu’à la fin de la thérapie.


- Conclusion

L’écriture thérapeutique, bien que méconnue, est un outil particulièrement intéressant avec les adolescent·es. Elle vient réveiller leur créativité et peut prendre de multiples formes, qui toutes, conduisent à l’élaboration en trois temps : écriture - lecture - parole. Elle place, et j’y tient particulièrement, l’adolescent·es dans sa subjectivité de jeune homme ou de jeune femme en devenir, tout en préservant quelque chose de l’enfance (imagination et jeu) et du sérieux de l’adulte (pensées, écriture, élaboration, création).