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Boxe & parcours migratoires


Cet été, en partenariat avec Le Labo des histoires et l'association Aurore nous avons pu donner deux stages Boxe & Écriture pour des jeunes en situation de précarité, d'exclusion, dans des foyers accueillants des mineurs non accompagnés. Ces ateliers ont été soutenus dans le cadre du dispositif Inser'sport du Conseil départemental de Seine-Saint-Denis.


Le premier dans Paris 20ème et le second à Bagnolet.


Récit et analyse de ces rencontres mêlant l'art des poings avec celui des mots.


Tout d'abord, la boxe interpelle. Pour certains, elle rappelle la "boxe de la rue", les "combats entre amis", "la boxe à poings nus avec les frères au village". Pour d'autres, elle n'évoque pas grand chose et met le corps à rude épreuve : "je fume trop", "je ne fais jamais de sport", "ah ! je suis mort !". Corps énergiques, corps mis à l'épreuve, corps qui débordent qui frappent - trop fort.


Mais, rapidement, lors des assauts le rire l'emporte. Je ris de moi, je ris de l'autre. Je joue, j'essaie, je rate, je rigole, on s'amuse, c'est drôle.


La boxe convoque les réflexes, l'énergie, la combativité.


















Et si la boxe permet la confrontation, l'écriture aussi. Après m'être confronté à l'autre, je me confronte moi-même.


L'écriture arrive comme une pause salutaire lorsque les corps sont épuisés.


"Madame, je ne sais pas écrire".

- Alors je vais écrire avec toi. Tu me dis et je prends en note pour toi.



Au prochain round d'écriture je m'aperçois que Max a pris le crayon et qu'il trace parfaitement les lettres seul. Une histoire de confiance... en soi et en l'autre.


Mais ce qui me marque le plus cette fois-ci ce sont les textes qui s'emparent de la proposition : "invente un personnage de boxeur et raconte-moi son histoire" pour parler de sa propre expérience migratoire sous une forme détournée.


Extrait :

Profil de mon boxeur : Il s'appelle JT.93, issu d’une famille pauvre, il va à la conquête d'une vie meilleure pour pouvoir réaliser son rêve d'enfance. De ce fait, il va se lancer dans un parcours migratoire en traversant le desert, la mer Méditerranée pour afin arriver en Italie. Une fois arrivé en Italie malgré des souffrances qu'il a enchaîné lors de son parcours, il va devoir s'installer à Rome dans la capitale. Lors des entrainements au club de boxe, il sera le meilleur de sa catégorie en défiant des géants de la boxe italienne. Du haut de ses 1,94 m, il ne va pas s’arrêter la. Il va continuer son aventures dans d’autres pays européens comme la France, la Belgique, etc. Joël, 15 ans

Lorsque l'on écoute tous Joël nous lire son texte, nous entendons son récit mais également ce qu'il nous dit de lui à travers ce portrait fictif. Certainement, le même processus s'active pour Joël.


Car l’écriture offre quelque chose de plus que la parole en matière d’interprétation. L’écriture, parce qu’elle produit des traces visibles et durables sur une surface contenante, provoque un effet miroir qui s’active lors de la lecture. Lorsque Joël lit son texte à haute voix, ce n’est pas son visage qu’il voit comme dans tout miroir, mais bien une expression de sa pensée, un réçit emprunt de sa propre expérience, qu’il peut contempler et même écouter.


Dans certains cas, ce qui est écrit devient possiblement « regardable » alors que cela même semblait impensable. Ce qui est écrit devient possiblement « entendable » alors que cela même semblait imprononçable. Dans le processus de relecture à haute voix qui a lieu en atelier, il se passe la chose suivante : je me relis, je me relie.


Autre extrait :

Son surnom est Diallo Issiaga. Originaire de la Guinée. Il est inspiré par la boxe à l'âge de 20 ans Depuis il rêve de devenir un grand boxeur mais il savait que ça ne va pas être facile mais il y croit encore il va chercher le moyen Parce que avant de pouvoir il faut le vouloir il pense que il va y arriver il a 26 ans aujourd’hui il pense que c’est possible Il rêve de devenir le champion de boxe Poids lourd. Alpha, 26 ans

Le principe d’identification est commun à la psychanalyse et à la littérature : alors que nous, simples lecteurs, nous pouvons nous identifier à des personnages romanesques ; en psychanalyse l’identification inconsciente est un processus qui permet d’assimiler un attribut de l’autre. Lorsque le sujet crée, invente ou met en scène des personnages dans ses textes, nous parle-t-il de son identification ? Laisse-t-il s’exprimer des parts de lui-même ?

« C'est sa majesté le moi, héros de tous les rêves diurnes comme de tous les romans. » Freud nous propose ici de considérer le moi comme le héros de tous les personnages du rêve mais également de toutes les lectures. Certains textes peuvent s’entendre au niveau des contenus manifestes : c’est bien le personnage fictif qui raconte son histoire, mais un sens plus métaphorique peut apparaitre lors de la lecture, cette description du personnage devient l’expression d’une part de soi. Ici, très clairement un double d'Alpha dont le rêve aujourd'hui est bien celui de devenir boxeur professionnel en France. Et bien cela qui nous émeut particulièrement à l'écoute, nous qui connaissons son histoire et ses aspirations.


L'atelier prend fin.


On liste un j'aime, j'aime pas mis en forme dans un tracé avant de terminer par une liste collective :


"j'écris pour apprendre, j'écris pour m'améliorer, j'écris pour m'inspirer, j'écris pour lire correctement, j'écris pour me rappeler, j'écris pour mieux penser, j'écris pour devenir écrivain, j'écris pour exister."


La boxe et les mots.






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